LES CLOCHES DE PAQUES
Le réveil matin susurre à son oreille un parfum de croissant chaud, qu'il croque comme une pâte dans son presque-sommeil. Puis le tintement du lait versé dans une tasse à soucoupe résonne au fond du petit salon, et un rayon de soleil bascule dans la pièce. Les rideaux jouent à faire des remous d'ombre. Le demi-jour sent le café prêt.

Mais Pâtisson a mal à la tête, mal au ventre et mal partout.
Les cloches d'un troupeau de boeufs se bousculent sous son crâne, les gazs qui agitent son estomac suffiraient à une montgolfière et cette odeur de pâte feuilletée ne lui va pas, mais alors pas du tout.

Les viennoiseries, il en a soupé. Hier soir. Chocolatines, amandines, chanoisines. Chaussons, chouquettes, tartelettes. Nougatine, bugnes, rissoles. Alors maintenant, ces petites portions pleines d'air qui vous sucrent la langue, non. Meringue, religieuse, vol-au-vent? De l'air. Pâtisson veux du gras, du gros, de l'onctueux.
Du pâté lorrain.
Des langoustines.
Du chou farci, du cochon de lait.
Des pommes duchesse rissolées dans la graisse d'oie, des huître à l'échalotte, avec du vin blanc, des câpres, et du beurre, la croûte panée d'un jambon Marie-Rose, des ris-de-veau en cassolette, leur chutney aux morilles, des truffes, un saumon brioché, une dinde de Noêl dans son jus et des chataîgnes par derrière, et son bardage de lard qui fond, des poulardes, c'est bon comme un dimanche de Pâques, un aspic dans sa robe de gelée, des oeufs, une ribambelle, cuits, coque, mollets, mimosa, frits, cocotte, pochés, durs, au plat, brouillés. Avec un pot de mayonnaise, des

En fait, Pâtisson est levé.
Il tangue vers la nappe de dentelle, au fond du petit salon. Sa robe de nuit est prise dans ses fesses, son bonnet de nuit est rose à pois citron, ses pantoufles font flopeti flopeti dans la fourrure du tapis. Ah ça y'est, il voit la poularde, qui grésille entre le vase et la théière. On prend soin de lui ici - elle gazouille encore. Des oeufs sont là aussi, coque, mollet, mimosa mais pas les autres. Il remerciera Napoleta. Elle a même fourré la poularde, oh, il aperçoit un fruit brun qui lui dépasse du croupion. La peau se détache c'est une merveille. Il lèche le caramel sur son pouce, le pilon entier sort nettoyé de sa bouche lipue. Le blanc sert de pain pour saucer, un délice, les oeufs, mh, est-ce qu'il en reste ? Non. Napolet

Un tonnerre gronde dans ses abîmes intérieurs. Ça barde tellement qu'il doit s'appuyer contre le rebord de la table, la tasse se renverse se casse il se coupe, trois taches de sang fleurissent sur la robe de nuit. Tout se tait, puis PCHT, son estomac est un air-bag, BLING, la vaisselle éclate contre le miroir et VZZ, son corps décolle du sol comme un ballon d'hélium et s'encastre dans le lustre en cristal.

Quand Napoleta arrive dans la chambre de Pâtisson, tout va bien. La nappe en dentelle, le café, cinq croissants chauds, un beau vase avec des jonquilles et la lumière du matin. Mais pas de Pâtisson, ni dans son lit, ni dans l'armoire. Elle arrange les fleurs, plume une poussière prise entre deux moulures, et décide de mettre un rôti au four pour midi.

Avec des petites patates sautées, comme il les aime.


Si vous voulez connaître la suite, ou illustrer, ou utiliser ce texte à d'autres fins, contactez moi :

cedricphilippe@yahoo.fr





Tous les textes et images présents sur ce site sont ma propriété. Merci de ne pas les utiliser sans mon accord.
tell me
what you think
Every picture on this website is mine.
But you can use it if you ask me :
cedricphilippe@yahoo.fr